Elodie Glerum

Le 20 mai 2013, j’avais dans mon sac à main un stylo Parker rouge, un effaceur, un labello, un rouge-à-lèvres, deux tickets de musées (un rose, un brun), un autre labello, cinq timbres nationaux, cinq timbres internationaux, des cartes que j’avais oubliées de poster, une carte particulièrement vulgaire, une carte un peu plus polie, une carte qui n’était pas de moi, que je n’avais pas lue, que je me promettais de ne pas lire, mais que j’avais promise de poster, une clé de cadenas, une lampe à vélo, un passeport lie-de-vin avec mon prénom écrit n’importe comment dessus, une carte d’identité bleue, un abonnement général jaune, un portable vintage, trois cartes de trois opérateurs téléphoniques différents, des épingles à cheveux, une carte de visite d’une cousine à l’étranger, une carte de visite d’un restaurant à Haarlem, trois cartes de fidélité pour un marchand de thé et un vendeur de glace, dont une pleine me permettant de commander une gaufre gratuite à mon prochain passage, un iPod doré avec de la musique très bonne et très mauvaise dessus, un CD de piètre qualité offert par ma sœur la veille, sur un coup de tête, dans le dernier Free Record Shop de Groningen qui, comme tous les Free Record Shops du pays allait bientôt fermer, la nostalgie de ne bientôt plus pouvoir dire cette phrase de vacances que nous avions inventée sept ans auparavant : « C’est quand qu’on va au Free Record Shop ? », des titres – The Game, Angelene, Après moi, Unsustainable, Silence and I, California and the Slipping of the Sun, High Hopes, Salva mea, Hemingway, Fantaisie sur un thème de Tallis, Luminous Green – que je m’étais passés en boucle sur mon vélo, à différents moments de l’année, jusqu’à ce que le tram 5 ou 9 (je voyais mal ce jour-là) manque de m’écraser sur le Spui, moi et mes pathétiques talons aiguilles de douze centimètres, mon porte-monnaie, cinq euros en plastique à l’intérieur que j’aurais dû dépenser, en janvier, dans un magasin de disques qui, entre temps, a fermé.

NDLR : chaque auteur-e a signé son propre portrait.