Arthur Brügger

Une mère comédienne, un père enseignant de français et de philosophie –

J’ai grandi entouré de livres, ça semble presque cliché –

J’ai eu une enfance heureuse, et pourtant j’ai écrit.

Diplômé de l’institut littéraire suisse, j’ai parlé et reparlé d’écriture dans des séminaires, parfois alors que je n’arrivais pas à écrire une ligne qui vaille quelque chose.

J’ai vidé des poissons dans un grand magasin, rangé des crustacés dans des sacs en plastique pour la fermeture, jeté des gants en plastique sanguinolents – et puis j’ai écrit

J’ai lu Perec, Kafka, Vian, Handke, beaucoup d’autres – et puis j’ai écrit

Je n’ai pas lu Flaubert, ni Proust, ni Duras, ni Verne, ni même Hugo, et la liste est encore longue – et pourtant j’ai écrit

J’ai servi des cafés, vendu des entrées, porté des cartons de livres dans un musée – et puis j’ai écrit

Je me suis improvisé bénévole pour des festivals, j’ai servi des bières dans des soirées, j’ai joué dans un groupe de ska/punk – et puis j’ai écrit

J’ai rempli des formulaires administratifs, classé des archives, et organisé des rencontres avec des jeunes en situation difficile dans une école de théâtre – et puis j’ai écrit 

J’ai vécu à Bienne, à Genève, dans le train, sur la route à vélo – et puis j’ai écrit

Depuis peu, je vis à Lausanne, je travaille dans la coordination éditoriale pour le Musée de l’Elysée, et puis, encore, parfois, toujours, j’écris –

Un jour, j’aimerais pouvoir dire, dans cet ordre : j’écris – et puis…

 

NDLR : chaque auteur-e a signé son propre portrait.