Sébastien Meier

Né dans la fin des années 80, j’ai jamais pensé faire autre chose qu’écrivain. En fin de compte, j’ai fait plein de choses à part écrire. Tenter puis fuir le milieu universitaire. Déchirer des billets à l’entrée des salles du Théâtre de Vidy. Veiller la nuit dans un foyer au seuil de tolérance. Travailler dans une reliure. Lire. Lire. Puis écrire des pièces, l’air de rien. Et une nouvelle, puis un roman. Puis un autre, et encore un autre. Ecrire, tout le temps, contre tout, pour tout. Dire, exulter, prier, essayer. Puis fonder une maison d’édition qui s’appelle Paulette. Editer une quinzaine d’ouvrages d’auteurs foncièrement inconnus dont la plupart, d’ailleurs, le sont restés mais n’en ont cure. Fonder un collectif des arts de la scène (Collectif Fin de Moi). Diriger brièvement un journal plein d’ambition. Manger des pâtes. Calculer, compter les centimes. Voyager, partir loin en espérant que ce soit plus facile. Mais là-bas, encore, écrire. Ne rien faire d’autre comme une maladie qui fait de nous quelqu’un qu’il eut été plus facile de ne pas être. Donc revenir, plus fauché que jamais. Travailler dans un bar à servir des cadres encravattés férus d’immobilier. Continuer à compter les centimes.
Mais écrire, encore. Jusqu’au texte. Celui par lequel quelque chose peut commencer. L’envoyer à un éditeur et prier. Le texte est accepté. Désormais je peux dire : je suis écrivain. Exit le service dans les bars, les veilles de nuit, les billets déchirés. Je suis écrivain.

Et maintenant que je le suis, écrivain, je me dis qu’on s’en fout.

NDLR : chaque auteur-e a signé son propre portrait.